Pochette
3DS

Etrian Odyssey IV : Legends of the Titan

Développeur : Atlus | Éditeur : Atlus | Genre : Jeu de Rôle | Site web officiel
Sortie :🇪🇺 30/08/13🇺🇸 26/02/13🇯🇵 05/07/12
Par Joy Kreg, le samedi 28 septembre 2013 à 01:06

Les éditeurs de jeux vidéo ambitionnent bien souvent de placer leurs jeux sur toutes les étagères. C’est en tout cas vrai pour les plus grands éditeurs, en taille. Alors la discrétion de la sortie d’un titre à un moment où traditionnellement il ne sort que peu de jeux laissera perplexe le féru de RPG tant il est étrange que son éditeur n’en profite pas pour le mettre en avant à grands renforts marketing. Mais c’est une pratique courante, surtout chez Atlus, que de proposer un jeu qui n’est pas destiné à tous. Une idée qui peut paraître farfelue notamment d’un point de vue commercial mais qui, fréquemment appliquée au RPG, aboutit cette fin d’été à Etrian Odyssey 4 : Legends of the Titan.

Ce jeu dont vous êtes le héros, au scénario si basique qu’il affiche ostensiblement sa caractéristique de prétexte, vous propose tout de suite et sans fioriture de camper le rôle d’un aventurier anonyme qui, parcourant la verte lande, atteint la ville de Tharsis. Le nobliau local vous confiera alors une mission. Il est un arbre immense et mystique, Yggdrasil, si grand qu’on le voit de partout, intimement lié au destin de tout par sa puissance et son influence sur le monde. La mission consiste à parcourir la distance qui vous sépare des racines d’Yggdrasil en triomphant des embûches et des ennemis qui vous barrent la route afin de découvrir les secrets dudit arbre. A cette fin, le comte du bled a décidé de parrainer une guilde de chasseurs et d’envoyer plusieurs groupes accomplir cette mission. En bon dernier arrivé, vous voilà enrôlé et prié de former votre groupe dont le nombre de combattants peut atteindre la trentaine mais dont 5 seulement combattront simultanément. A ce stade, déjà, vous sentez l’inquiétude monter dans votre frêle esprit, vous posant la question qui vient en toute logique après ce préambule ultraléger et dépourvu de cinématique d’introduction : « Si d’autres groupes ont été envoyés, aucun n’a accompli la mission ? Aucun n’est revenu ? » Si la question est légitime, la réponse quant à elle ne viendra que plus bas dans cette prose. Observons à la loupe la mécanique de jeu dans un premier temps. Tout juste les premiers entretiens oraux passés avec les PNJ du bourg Tharsis, certains endroits de la ville sont déjà accessibles. Mais le terme « endroit » est excessif car la ville, elle aussi affiche dans le dépouillement le plus total une simple liste de boutiques et lieux où trouver les PNJ qui vous donneront les quêtes. Voici venu le temps d’arpenter le chemin et de se frotter à la rigueur du monde extérieur.

Les déplacements sur la carte du monde se font à bord d’un dirigeable aux commandes elles aussi très simples, de case en case sur une trame qui recouvre tout le jeu. Cette dimension tactique, bien connue des joueurs qui s’adonnent aux plaisirs de Fire Emblem Awakening sur 3DS à ceci près que les cartes sont parsemées d’ennemis qui se déplacent d’au moins une case en même temps que vous et vous détectent lorsque vous passez à leur proximité. Les rencontres sont donc parfois inévitables et celles-là précisément sont toujours très douloureuses. Mais voyager ne vous procurera pas seulement un dépaysement, des nombreuses joutes ou l’accès à de nouvelles zones de jeu à pied. Le sol et les airs sont garnis de ressources à collecter depuis votre dirigeable et qui vous serviront à vous enrichir par la revente ou à réaliser certains objectifs de quêtes parfaitement annexes. La mise en forme des décors et déplacements est sensiblement la même dans les zones d’exploration et de combats à pieds, qu’il s’agisse de zones de level up ou de donjons. Cependant la progression dans les niveaux se trouve freinée par les combats qui se déclenchent de façon semi-aléatoire, une jauge allant du bleu au rouge vous indiquant l’imminence du prochain combat. C’est là que l’on peut constater une adéquation parfaite mais involontaire entre le fait que vous formiez un groupe d’aventurier de plus et l’extrême difficulté du jeu. Car oui ce jeu est HARDCORE ! Nul ne doute maintenant que le comte vous envoie au feu en raison d’un échec cuisant de vos prédécesseurs. Les premiers combats sont extrêmement douloureux tant les plus petites créatures sont puissantes face à votre équipe de bras cassés. Les combats contre les monstres plus conséquents qui se déplacent eux-aussi d’au moins une case, en même temps que vous, seront des épreuves insurmontables pendant bien des heures.

Au point que tout le début du jeu se résume à un répétitif « die’n retry » qui vire vite au cauchemar pour peu que l’on ait choisi de jouer en mode Normal. Là où le mode Casual permet un retour à Tharsis en conservant items et progression en niveaux, le mode Normal, lui, vous dépouillera de tout et vous narguera d’un écran Game Over. Quand on sait que le mode choisi ne change rien au déroulement de l’histoire mais vous empêchera seulement de gagner certaines médailles, les joueurs auront vite fait de choisir leur camp, et d’en changer à volonté car ce mode peut être modifié en cours de jeu via le menu options. D’autant que le joueur peut parfaitement trouver son plaisir ailleurs que dans la complétion la plus parfaite de ce qui pourrait être réalisé dans ce titre. L’absence de cartes toutes faites, remplacées par des plans vides à remplir soi-même, apporte un bonus dans le plaisir de la découverte ainsi que dans les divers choix graphiques qui s’offrent au joueur pour dessiner les cartes et les agrémenter de commentaires personnels sous forme de textes qui apparaissent quand on pointe la case avec le stylet. Cette originalité est la bienvenue dans un jeu plutôt convenu dans la forme. En effet, ce n’est pas la première fois que l’on voit arriver sur Nintendo 3DS un RPG au tour par tour, ou encore cette dimension tactique des cases à parcourir judicieusement, tout comme de nombreuses classes parmi lesquelles des épéistes, des mages, des sorciers, des unités de soutien. Quoi de plus convenu que tout cela mais il arrive parfois qu’un bon vieil RPG à la mode des années 32 bits procure son lot de bonnes vibrations pour peu que le jeu soit agrémenté de quelques idées fraîches et d’une réalisation digne du genre majeur qu’est le RPG et de son public toujours plus exigent car toujours plus expérimenté.

Car c’est bien là que le bât blesse le plus cruellement dans ce quatrième opus. Toutes les petites trouvailles telles que l’apposition de flèches sur la carte que le groupe va parcourir automatiquement dans les dédales ne masquent pas la faiblesse graphique de ce titre. On est loin, très loin, du rendu optimum qu’une Nintendo 3DS peut offrir. Il y a des signes qui ne trompent pas. Aucune cinématique d’introduction et un écran titre qui se déploie en saccadant offrent au joueur une première impression qui ne se démentira pas par la suite. Tant de polygones très voyants et tant de textures faibles agresseront les rétines de nos amis amoureux des beaux jeux. De très bons points émergent pourtant à l’usage comme les beaux dessins des personnages réalisés à la main ainsi que le positionnement des différents objets et affichages dans l’espace 3D virtuellement créé par la console. Une certaine lassitude se dégage des thèmes musicaux qui ne sont définitivement pas les plus égayés de l’histoire des RPG sur consoles. Ce qui n’empêche pas certains de ces thèmes d’être magnifiques et de s’imprimer parfaitement dans l’esprit des joueurs, pour ceux qui auront la chance de les écouter. Les sonorités un peu Chip Tunes, très 16 bits, des effets sonores peut surprendre dans un premier temps mais s’accorde finalement bien avec le passéisme caractérisant la mise en forme et la qualité graphique, très légères toutes les deux. A cette sobriété extrême qui ne provoquera pas de folie furieuse mondiale comme les Boys Bands savaient les provoquer sur leur passage (sarcasme), s’ajoute l’épreuve ultime qui achèvera de rebuter les joueurs les moins expérimentés dans le domaine des RPG : le jeu n’est pas traduit en français ! Le registre de langage n’est certes pas trop soutenu mais n’est pas toujours du niveau d’un élève apprenant l’anglais en France. Et c’est encore plus vrai pour l’anglais de rue parlé à la boutique.

Test réalisé à partir d'une version fournie par l'éditeur.

Les Plus

+ les aspects tactical-RPG
+ une difficulté digne des grands jeux rétro les plus pêchus
+ la carte à dessiner soi-même, comme on veut
+ les musiques

Les Moins

un démarrage laborieux à cause de la difficulté
tout en anglais, seulement en anglais
pas franchement beau

Graphismes 11/20

C’est difficile de trancher entre un jeu 3DS pas terrible et un beau jeu DS. La frontière est ici ténue.

Jouabilité 14/20

De bonnes idées rafraîchissantes mais du recyclage éhonté aussi. Le classique réchauffé, ça fonctionne bien, mais ça sentira toujours la poussière.

Durée de vie 14/20

Très courte pour un Casual Gamer qui passera très vite son chemin, très longue pour un Hardcore Gamer qui finira le jeu.

Bande son 16/20

Le point fort du jeu, les violons sont parfaitement exploités dans les compositions proposées dans Etrian Odyssey 4.

Scénario 11/20

Anecdotique, superficiel, la liste des synonymes fonctionnant sur ce jeu est longue. Dommage.

Verdict

Il serait aisé de se servir de tout ce dont on peut se plaindre dans Etrian Odyssey 4 : Legends of the Titan. Mais ce serait nier une évidence, ce jeu est destiné à une cible très particulière et surtout pas aux grandes masses. Le challenge très relevé et la légèreté de la réalisation technique ne rebuteront pas les aficionados des jeux de rôle au tour par tour qui exigent de bien tremper sa lame d’acier avant de partir à l’aventure. Bien des possesseurs de Nintendo 3DS peuvent passer leur chemin sans regret. Cependant, Etrian Odyssey 4 : Legends of the Titan est avant tout un Dugeon Crawler et donc un jeu de niche. Et chaque amateur de RPG sur consoles gagnerait à se demander sérieusement s’il en fait partie car dans le cas contraire, le joueur aguerri et amateur des mécaniques de jeu éprouvées mais toujours efficaces pourrait passer à côté d’un bon jeu, par ailleurs peu accessible. Mais les consoles portables de Nintendo ne sont-elles pas régulièrement visitées par ces petites sorties quasi-invisibles dans les médias, mais recelant parfois des jeux dont vous et ces quelques joueurs qui vous ressemblent vraiment, êtes les véritables héros ?

13
 Poster un commentaire (3)
#1 Samedi 28 Septembre 2013 à 22:50:37

Très bon test, comme d'hab ! J'étais plus enthousiasmé que ça avec la démo sortie sur l'eShop, notamment du point de vue de la bande son

#2 Dimanche 29 Septembre 2013 à 00:59:22

J'ai peut-être eu tort de pénaliser la bande son à cause du game design. C'est la grande répétitivité des thèmes due au nombre restreint de lieux et les bruitages qui ont modéré mon enthousiasme. Si j'ai vraiment eu tort, j'irai assumer ça en enfer. Je suis quand même très content d'avoir pu le tester parce que je sais qu'on est peu sur le net francophone à avoir publié.

#3 Dimanche 29 Septembre 2013 à 12:54:21

Ah, ok, je ne savais pas que les thèmes étaient trop présents --'

Poster un commentaire

S'inscrireConnexion